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RDC–AS Monaco : le mirage des partenariats sportifs d’un État en crise sans précédent

Lors de son dernier Conseil des ministres, le gouvernement de la République Démocratique du Congo (RDC) a annoncé être en pourparlers avec le club français AS Monaco, dans le cadre d’un partenariat potentiel. Ce n’est pas une première : Kinshasa avait déjà évoqué des discussions similaires avec l’Atlético de Madrid ou encore l’AC Milan. Ces initiatives, à forte valeur symbolique, semblent traduire une volonté d’élever l’image internationale du pays.

Ce positionnement fait inévitablement écho à la stratégie déployée par le Rwanda, qui s’est distingué ces dernières années par des accords de visibilité avec des géants du football européen comme Arsenal, le PSG, l’Atletico de Madrid ou encore le Bayern Munich dans le cadre de sa campagne « Visit Rwanda ».

Mais là où Kigali capitalise sur une gouvernance solide, une stabilité intérieure et une vision claire, Kinshasa paraît vouloir sauter des étapes fondamentales. La différence entre les deux pays ne tient pas à l’ambition, mais bien au niveau de préparation.

Une Gouvernance à Reconstruire

Le succès du Rwanda ne repose pas sur la communication seule. Il est le fruit de près de trois décennies de reconstruction institutionnelle, de lutte contre la corruption, de sécurité renforcée et d’une gouvernance cohérente. Ce socle solide permet au pays de nouer des partenariats stratégiques crédibles, avec la confiance des investisseurs et la sécurité des visiteurs.

La situation est tout autre en RDC. L’État peine à asseoir son autorité sur l’ensemble du territoire. La corruption gangrène l’administration. Plus de 250 groupes armés opèrent dans l’Est du pays. Selon le FAO, En République démocratique du Congo (RDC), près d’un quart de la population, soit un peu plus de 25 millions de personnes, souffrent de la faim, dont trois millions en situation d’urgence humanitaire. L’ONU estime à 7 millions le nombre de déplacés internes. En 2021, l’ambassadeur italien Luca Attanasio a été tué près du parc des Virunga — un drame qui résume à lui seul le niveau d’insécurité ambiant.

Dans un tel contexte, chercher à signer des partenariats avec des clubs de football européens relève davantage de la stratégie de diversion que d’un projet structurant.

La Faiblesse des Symboles Prematurés

Une stratégie d’image ne peut être efficace que si elle repose sur une réalité tangible. Si la campagne « Visit Rwanda » fonctionne, c’est parce que le pays est réellement visitable — sûr, organisé, et accueillant. En RDC, il est difficile d’imaginer ce que ces partenariats pourraient réellement apporter au pays, ou aux clubs concernés.

Par ailleurs, les annonces congolaises restent souvent au stade des intentions : « nous sommes en discussion » devient un refrain. Contrairement au Rwanda, qui communique une fois les accords conclus et opérationnels, la RDC semble miser sur l’effet d’annonce, sans livrer de résultats concrets.

Un Besoin Urgent de Recentrage

Plutôt que de chercher des raccourcis vers la reconnaissance internationale, la RDC gagnerait à s’attaquer aux chantiers fondamentaux : refonder la gouvernance, renforcer les institutions, sécuriser le territoire et rétablir la confiance citoyenne.

Les partenariats viendront — mais ils doivent être le fruit d’un progrès réel, et non un substitut à des réformes attendues depuis trop longtemps.

Ce désir de conclure des partenariats avec des clubs prestigieux traduit sans doute une quête de reconnaissance, mais celle-ci ne peut pas précéder la reconstruction. Le Rwanda n’a pas imité, il a construit. Ce sont les résultats d’un long processus qui ont rendu possibles ses collaborations internationales.

La RDC doit aujourd’hui choisir un chemin plus exigeant, mais durable : celui d’un État qui se réforme, qui restaure l’autorité de ses institutions, et qui place l’intérêt de ses citoyens au cœur de ses priorités. Ce n’est qu’à ce prix qu’elle pourra, demain, devenir un partenaire crédible. ‎

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