Interview

Maristella Touré, une voix de la deuxième génération afro-européenne pour un Bruxelles plus autonome

Candidate aux élections communales, elle s'engage pour le logement, l'emploi et la petite enfance, tout en défendant l'entrepreneuriat comme levier d'émancipation pour la communauté africaine de Bruxelles.

Ma candidature est avant tout motivée par un désir profond de changement, notamment dans les mentalités. C’est un défi personnel, mais également un message pour les jeunes Afro-descendants de deuxième génération : il ne faut jamais se limiter à ce que la société est prête à nous offrir. Il faut avoir le courage de s’engager activement pour défendre ses valeurs et contribuer au développement de notre communauté. L’action sociale est un travail essentiel, mais elle a ses limites. Pour obtenir un réel levier d’émancipation, il faut agir sur le plan politique.

Pas du tout. Je me sens à ma place au sein du MR. J’ai grandi avec des valeurs telles que la liberté, le sens du travail et l’autonomie. J’ai appris à être maîtresse de mon propre parcours et je refuse que mes origines soient un frein à mes ambitions. Au contraire, elles sont ma force.

Aujourd’hui, les jeunes Afro-Européens aspirent à une liberté financière à travers l’entrepreneuriat, contrairement à nos aînés qui visaient des carrières stables dans l’administration ou la finance. Mon rôle en tant qu’assistante sociale est d’aider les personnes en difficulté à retrouver leur autonomie. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussée à co-construire, à travers mon expérience de terrain, le programme MR+, afin de proposer les meilleures opportunités d’autonomie à ma génération et à mes enfants.

La situation est critique. La confiance des citoyens est au plus bas, la criminalité augmente, et l’insécurité envahit chaque quartier. Plus des deux tiers des Bruxellois se sentent menacés, et 90 % des femmes déclarent avoir été harcelées dans l’espace public. Mon programme repose donc sur plusieurs axes prioritaires : le renforcement de la sécurité, l’accès à la propriété avec des mécanismes équitables et efficaces, la lutte contre le chômage des jeunes et l’isolement des seniors. Je veux également soutenir les familles et les travailleurs en créant davantage de crèches et d’infrastructures sportives dans certains quartiers, et lutter activement contre le sans-abrisme.

L’information et le réseautage sont des outils puissants pour soutenir les personnes vulnérables, y compris au sein de notre communauté africaine. Il est essentiel que notre jeunesse ait des modèles qui reflètent leur réalité. Aujourd’hui, il ne suffit plus d’avoir deux ou trois représentants politiques d’une quarantaine d’années, déconnectés des réalités du terrain. Il est temps d’opérer une passation de pouvoir pour mieux avancer.

Absolument. Le système d’assistanat générationnel mis en place par les politiques de gauche à Bruxelles, qui est pourtant le cœur de l’Europe, ne profite pas à notre communauté. Si l’on regarde nos origines, nos aînés et nos ancêtres ont toujours créé leur propre richesse à travers l’entrepreneuriat, indépendamment de leur niveau d’études. Cela est particulièrement vrai pour les femmes, qui sont souvent les piliers de leurs foyers.

Nous avons grandi en voyant nos mères, nos sœurs, nos tantes et nos grands-mères faire du commerce. Malheureusement, en ne maîtrisant pas les codes européens et belges, cette tradition s’est perdue, et l’assistanat a pris le dessus en raison des discriminations institutionnelles. Cela a fini par enterrer notre identité et nos rêves. Il est grand temps que cela change.

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