Maristella Touré, une voix de la deuxième génération afro-européenne pour un Bruxelles plus autonome
Candidate aux élections communales, elle s'engage pour le logement, l'emploi et la petite enfance, tout en défendant l'entrepreneuriat comme levier d'émancipation pour la communauté africaine de Bruxelles.

AfricaDixit : Dans quelques jours auront lieu les élections communales, auxquelles vous participez en tant que candidate. Quelles sont vos principales motivations pour vous présenter à ces élections ?
Ma candidature est avant tout motivée par un désir profond de changement, notamment dans les mentalités. C’est un défi personnel, mais également un message pour les jeunes Afro-descendants de deuxième génération : il ne faut jamais se limiter à ce que la société est prête à nous offrir. Il faut avoir le courage de s’engager activement pour défendre ses valeurs et contribuer au développement de notre communauté. L’action sociale est un travail essentiel, mais elle a ses limites. Pour obtenir un réel levier d’émancipation, il faut agir sur le plan politique.
AfricaDixit : Votre candidature au sein d’un parti libéral, en l’occurrence le MR, n’est-elle pas en contradiction avec votre proximité avec les plus démunis en tant qu’assistante sociale au CPAS ?
Pas du tout. Je me sens à ma place au sein du MR. J’ai grandi avec des valeurs telles que la liberté, le sens du travail et l’autonomie. J’ai appris à être maîtresse de mon propre parcours et je refuse que mes origines soient un frein à mes ambitions. Au contraire, elles sont ma force.
Aujourd’hui, les jeunes Afro-Européens aspirent à une liberté financière à travers l’entrepreneuriat, contrairement à nos aînés qui visaient des carrières stables dans l’administration ou la finance. Mon rôle en tant qu’assistante sociale est d’aider les personnes en difficulté à retrouver leur autonomie. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussée à co-construire, à travers mon expérience de terrain, le programme MR+, afin de proposer les meilleures opportunités d’autonomie à ma génération et à mes enfants.
AfricaDixit : Parmi vos priorités, vous mentionnez le logement, l’emploi et la petite enfance. Comment décririez-vous la situation actuelle dans ces trois domaines à Bruxelles, et quelles solutions proposez-vous pour répondre aux attentes des Bruxellois ?
La situation est critique. La confiance des citoyens est au plus bas, la criminalité augmente, et l’insécurité envahit chaque quartier. Plus des deux tiers des Bruxellois se sentent menacés, et 90 % des femmes déclarent avoir été harcelées dans l’espace public. Mon programme repose donc sur plusieurs axes prioritaires : le renforcement de la sécurité, l’accès à la propriété avec des mécanismes équitables et efficaces, la lutte contre le chômage des jeunes et l’isolement des seniors. Je veux également soutenir les familles et les travailleurs en créant davantage de crèches et d’infrastructures sportives dans certains quartiers, et lutter activement contre le sans-abrisme.
AfricaDixit : Les personnes vulnérables sont nombreuses à Bruxelles. Comment envisagez-vous de les aider, et avec quels moyens ?
L’information et le réseautage sont des outils puissants pour soutenir les personnes vulnérables, y compris au sein de notre communauté africaine. Il est essentiel que notre jeunesse ait des modèles qui reflètent leur réalité. Aujourd’hui, il ne suffit plus d’avoir deux ou trois représentants politiques d’une quarantaine d’années, déconnectés des réalités du terrain. Il est temps d’opérer une passation de pouvoir pour mieux avancer.
AfricaDixit : Certains estiment que l’entrepreneuriat est un moyen plus efficace que l’assistance sociale pour élever la communauté africaine. Partagez-vous ce point de vue ?
Absolument. Le système d’assistanat générationnel mis en place par les politiques de gauche à Bruxelles, qui est pourtant le cœur de l’Europe, ne profite pas à notre communauté. Si l’on regarde nos origines, nos aînés et nos ancêtres ont toujours créé leur propre richesse à travers l’entrepreneuriat, indépendamment de leur niveau d’études. Cela est particulièrement vrai pour les femmes, qui sont souvent les piliers de leurs foyers.
Nous avons grandi en voyant nos mères, nos sœurs, nos tantes et nos grands-mères faire du commerce. Malheureusement, en ne maîtrisant pas les codes européens et belges, cette tradition s’est perdue, et l’assistanat a pris le dessus en raison des discriminations institutionnelles. Cela a fini par enterrer notre identité et nos rêves. Il est grand temps que cela change.








