La Conférence de Nairobi sur les « valeurs familiales » : quand la tradition devient un piège colonial
Par Patrick Gathara
Nairobi a accueilli la deuxième Conférence panafricaine sur les valeurs familiales, organisée par l’Africa Christian Professionals Forum. Bien que présentée comme une initiative en faveur de la défense des « traditions africaines », la conférence a été fortement soutenue par des organisations conservatrices occidentales telles que le Center for Family and Human Rights (C-Fam) et Family Watch International, connues pour leurs positions anti-LGBTQ+, anti-avortement et contre l’éducation sexuelle complète.
Ces entités, souvent qualifiées de groupes de haine par des institutions comme le Southern Poverty Law Center, prétendent représenter les « vraies » valeurs africaines. Pourtant, leur implication soulève des inquiétudes quant à une nouvelle forme de colonialisme culturel, où des idéologies étrangères sont imposées sous le prétexte de préserver les traditions.
Historiquement, les structures sociales africaines étaient diverses et dynamiques. Mais l’ère coloniale a introduit des normes patriarcales rigides, imposées par les puissances européennes, qui ont ancré des rôles de genre fixes et une vision hétéro-normative de la famille, en rupture avec la richesse culturelle des sociétés précoloniales.
La conférence de Nairobi perpétue cet héritage colonial en promouvant une vision figée, idéalisée et uniforme de la « famille africaine », qui reflète davantage les conceptions chrétiennes conservatrices occidentales que la réalité africaine. Plutôt que d’encourager un débat sur les droits, la dignité et l’égalité, l’événement renforce des conceptions excluantes, notamment envers les femmes et les communautés LGBTQ+.
La participation de figures politiques locales et le soutien de certaines ONG à ces initiatives montrent la complexité du débat. Toutefois, il est impératif de distinguer entre les véritables traditions africaines et les constructions idéologiques héritées du colonialisme, encore utilisées aujourd’hui à des fins politiques et culturelles.



