Danse et Inclusion : Brahim Rachiki transforme des vies lors du Festival Écho des Racines à Tanger

Tanger – Le célèbre scénographe, danseur-chorégraphe et metteur en scène, Brahim Rachiki, a relevé un défi artistique et humain des plus inspirants en travaillant avec des enfants malentendants et des jeunes en situation de rue. À travers son projet, il vise à créer un spectacle qui dépasse les barrières de la communication et redonne espoir à ceux que la société marginalise souvent.
Une idée née d’une expérience personnelle
Brahim Rachiki n’a jamais oublié les difficultés de communication qu’il a lui-même vécues dans son enfance. La danse, pour lui, a toujours été un refuge, un moyen d’exprimer des émotions qu’il n’arrivait pas à verbaliser. « La danse a été ma cure. Mon refuge. J’y ai trouvé mon langage », confie-t-il. Mais une question l’a toujours hanté : comment les malentendants, comme son ami d’enfance, parviennent-ils à communiquer leurs sentiments les plus profonds ?
C’est ainsi que l’idée de faire danser ces enfants malentendants a germé dans son esprit. « Le langage des signes m’est alors apparu comme une danse », explique-t-il. Bien que l’idée soit complexe, le destin, ou « zaahr » en arabe, a fini par tracer le chemin qui allait transformer ce rêve en réalité.
Un projet qui réunit deux mondes marginalisés
Le hasard a mis sur sa route l’association « Echos des Racines » à Tanger, une organisation qui soutient des jeunes en difficulté. Avec l’appui de la directrice engagée, Wedad Falaky, le projet a pris forme. En seulement sept jours, Brahim a réuni des jeunes âgés de 12 à 27 ans pour des répétitions intensives. Toutefois, un revirement inattendu a failli tout compromettre lorsque son groupe initial de danseurs l’a quitté au dernier moment.
C’est alors que Brahim a rencontré Mohamed Mrabet, créateur de la Zéro Team, une troupe qui initie les jeunes des rues aux arts du cirque. « Certains dorment dans la rue car ils n’ont plus de refuge ni d’espoir », souligne-t-il. La collaboration a immédiatement pris vie, avec l’arrivée d’Issa Hakimi, Mohamed Chentouf, Ahmed Chekkara, Omar Mrabet et Majda Moghtarib, des jeunes aussi talentueux que généreux, malgré leur précarité.
Un défi transformateur
Les répétitions avec les jeunes de la Zéro Team et les enfants malentendants ont été une révélation. « Pour moi, travailler avec eux, les entendre me parler d’amour et de misère avec le même sourire… l’envie de crever les plafonds de verre et les étiquettes m’a touché aux larmes », confie Brahim Rachiki. Ces jeunes, souvent laissés pour compte, ont trouvé dans la danse une nouvelle forme d’expression et de reconnaissance.
Le projet a pris une dimension encore plus grande lors de sa présentation au Festival Échos des Racines, le 7 août dernier, où Brahim a préféré mettre en avant ces jeunes talents plutôt que de se produire lui-même. « C’est l’une des expériences les plus belles que j’ai eu l’occasion de vivre », affirme-t-il, ému par le dépassement de soi et l’amour de ces jeunes pour leur pays.
Vers de nouveaux horizons
Fort du succès de ce premier défi, Brahim Rachiki ne compte pas s’arrêter là. Le projet est déjà entré dans sa phase deux, avec pour objectif de créer un spectacle vivant qui donnera à ces jeunes l’envie de croire en eux et de s’intégrer pleinement dans une société qui les a trop souvent jugés comme un fardeau. En collaboration avec des experts en gouvernance culturelle et en valorisation du patrimoine, il travaille désormais à créer des jumelages et des projets de co-développement entre le Maroc, la Belgique et d’autres pays.
Le projet de Brahim Rachiki est bien plus qu’une simple initiative artistique. Il s’agit d’un acte de résistance contre les préjugés et d’un puissant message d’espoir pour tous ceux qui se sentent invisibles dans notre société.
Par Jean Boole



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