Le ton est encore monté d’un cran entre le Bénin et le Niger

Cinq Nigériens ont été arrêtés par le Bénin. Ils seraient entrés illégalement dans le terminal où arrive le pétrole nigérien.
« Il faut que les responsables politiques trouvent une solution diplomatique. Cette crise est dangereuse et perturbe le quotidien de trop de gens dans les deux pays. Béninois-Nigériens, nous sommes un même peuple, nous avons beaucoup de points communs », explique Adrien Sonon, un jeune Béninois qui étudie à l’Université d’Abomey-Calavi, pas très loin de Cotonou, la capitale économique.
Depuis le coup d’État au Niger qui a renversé la président Mohamed Bazoum, le 26 juillet 2023, le torchon brûle entre le patron de la junte nigérienne, le général Abdourahamane Tiani, et le chef de l’État béninois Patrice Talon. Le président béninois, très proche de son ancien homologue nigérien, a été une des principaux opposants de la junte dans la région, n’hésitant pas à prôner un recours à la force, à travers une mobilisation de la Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), pour rétablir le président Bazoum.
Une attitude qui a fâché la junte qui n’a jamais accepté la réouverture de la frontière entre les deux États après la « normalisation » des relations entre le Niger et ses voisins.
Tout le monde est perdant
Une frontière qui est traversée depuis quelques mois par un pipeline chargé d’envoyer le pétrole pompé au Niger, pays sans débouché maritime, vers le port béninois de Sèmè-Kpodji. Mais jusqu’ici, à cause de ces tensions, seul un pétrolier a pu lever l’ancre.
Une perte sèche pour le Niger qui comptait sur un rythme d’exportation de 90 000 barils par jour pour renflouer ses caisses. Une perte aussi pour le Bénin qui compte sur les taxes prélevées sur le passage de l’or noir pour améliorer son quotidien et une perte encore plus évidente pour la West African Oil Pipeline Company (WAPCO) une filiale de la China National Petroleum Corporation (CNPC) qui a investi plus de 4 milliards de dollars dans la construction de ce pipe-line de 2 000 kilomètres.
L’accord trouvé entre les trois parties en 2018 stipule que la CNPC avance cette somme en échange de 75 % de la future production. Les 25 % restant reviennent au Niger.
Or, aujourd’hui, pas une goutte n’est exportée. Les autorités chinoises ont envoyé une mission de bons offices dans les deux pays pour tenter d’aplanir le différend et d’au moins faire redémarrer le business.
Une mission qui, malgré le poids colossal de Pékin, n’a pas permis de relancer le transfert du brut d’Agadem (lieu de l’extraction au Niger) au terminal pétrolier de Sémé Kpodji et au-delà sur les navires chargés d’exporter le pétrole.
Pour ne rien arranger, alors que Niamey refuse toujours d’ouvrir la frontière entre les deux pays, le Bénin a annoncé, le 5 juin dernier, l’arrestation de 5 Nigériens interceptés dans le terminal pétrolier de Sèmè-Kpodji où ils se trouvaient sans autorisation ou, pire, avec de faux badges.
Une arrestation très médiatisée au Bénin où le procureur en charge de la lutte contre le terrorisme a expliqué : « au lieu d’emprunter l’entrée principale et de s’enregistrer à la guérite, ces personnes ont préféré utiliser une entrée dérobée située à l’arrière du site. Elles ont bénéficié de la complicité de l’Administrateur Général de Wapco Bénin», pointant un doigt accusateur vers les représentants de l’entreprise d’État chinoise mais surtout vers la junte militaire quand le procureur a ajouté qu’au moins deux des personnes arrêtées « sont des agents nigériens au service du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP », l’exécutif nigériens.
Niamey a dénoncé ces arrestations et a menacé de fermer les vannes de l’oléoduc à son point de départ. Le Niger, qui a accueilli, il y a un peu plus de deux mois ses premiers « instructeurs » russes, accuse aussi le Bénin de masser des troupes françaises, expulsées du Niger, sur la frontière entre les deux pays, ce que démentent le pouvoir béninois et les autorités militaires françaises.
D’accusations en démentis, le ton ne cesse de monter dangereusement entre les deux voisins et au détriment de la société chinoise qui gère une dizaine d’autres projets de cette envergure en Afrique (du Soudan au Mozambique en passant par le Soudan du Sud).



![Miners work at the D4 Gakombe coltan quarry in Rubaya, Democratic Republic of the Congo. [Moses Sawasawa/AP Photo]](https://www.africadixit.com/wp-content/uploads/2025/05/01-17-390x220.avif)