Binetou Sylla : « Si l’Afrique est à la mode aujourd’hui, c’est grâce aux Africains eux-mêmes »

AfroDias’ « Génération enjaillement », c’est la mixtape lancée par le label Syllart Records le 24 juin dernier. La première d’une longue série qui a pour ambition de mettre la lumière sur les nouvelles formes musicales métissées, à cheval entre deux ou trois continents. L’afro-diaspora revendique le hip-hop ou la pop tout en affirmant un héritage africain pluriel. Binetou Sylla, à la tête du label depuis trois ans, dévoile au Point Afrique ses ambitions pour l’avenir.
Le Point Afrique : AfroDias’ « Génération enjaillement », c’est quoi ?
Binetou Sylla : « Afrodias’ », c’est un diminutif pour « afro-diaspora ». Ça faisait déjà un petit moment que j’avais envie de faire une compil sur les phénomènes de nouvelles musiques africaines, mais ça aurait pu être de l’afro-pop comme du rap afro. En août 2015, j’ai découvert C Cane, une chanteuse londonienne d’origine congolaise, qui faisait un freestyle de rap grime en mélangeant anglais et lingala sur BBC One, et ça a été le déclic. Ensuite, en France, il y a eu tout le phénomène de MHD et de cette diaspora qui a commencé à affirmer son africanité dans la musique. Je trouvais ça intéressant de montrer parallèlement ce que fait la diaspora et ce que font les artistes africains. Sans oublier les Antilles ! J’ai voulu faire quelque chose sur toutes les Afrique, l’Afrique du continent et l’Afrique de la diaspora. C’est la première fois que les deux sont rassemblées sur un même projet. Sur la mixtape, on a autant des artistes guyanais que ghanéens ou français, c’est cette diversité qui est intéressante. Ce qu’il est important de mettre en avant également, c’est que l’origine du mélange entre le rap et les sonorités afro se trouve quand même en Afrique. On n’a pas attendu 2015 pour faire ça, ça existe depuis longtemps.
Pourquoi sortir cette mixtape maintenant ?
Il y a en ce moment un retour à la mode africaine, à la nourriture africaine, à la littérature africaine, et la musique ne déroge pas à ce mouvement, on observe également un retour aux sonorités africaines. AfroDias’ « Génération enjaillement » s’inscrit dans ce mouvement. Nous sommes la deuxième génération de l’immigration, on est nés en France, on a grandi ici, mais on a besoin d’affirmer une identité diverse et métissée. On a besoin de ce retour à l’africanité pour se construire, on a besoin de comprendre pourquoi nos parents sont venus ici, d’où ils viennent, quelle est leur histoire… On vit aussi une époque difficile en termes d’identité, chacun essaye de trouver ce qui peut le nourrir, le construire de manière plus sereine. Pour nous, ce sont les cultures africaines, et ce n’est pas anodin que tous ces mouvements voient le jour au même moment. En musique, c’est Stromae qui a rendu ce concept de retour à l’africanité populaire.



