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Nigeria : Une « Journée de la démocratie » sous le feu de la colère populaire

Par la rédaction d’Africa Dixit

Le 12 juin, au lieu d’une célébration, c’est la frustration qui s’est exprimée dans les rues du Nigeria. À Lagos, Abuja, Ibadan et dans plusieurs grandes villes, ce jour censé commémorer le retour à la démocratie en 1999 est devenu un exutoire collectif. Des centaines, voire des milliers de manifestants ont crié leur ras-le-bol face à une vie devenue presque insupportable. « Quelle démocratie quand on a faim ? » lançait une femme tenant une pancarte faite à la main. Elle s’appelle Osugba Blessing, vendeuse ambulante, mère de trois enfants. Elle ne célébrait rien ce jour-là. Elle marchait, en colère, épuisée. Elle parlait d’électricité devenue hors de prix, de carburant qui vide les poches, de transport devenu luxe et d’un mari au chômage depuis des mois. « La démocratie, c’est bon pour ceux là-haut, pas pour nous ici », a-t-elle murmuré en essuyant sa sueur sous un soleil brûlant.

Dans l’histoire nigériane, le 12 juin est censé rappeler l’élection présidentielle de 1993, celle que Moshood Abiola aurait dû remporter si les militaires ne l’avaient pas empêché d’accéder au pouvoir. Mais aujourd’hui, cette mémoire semble vide de sens pour beaucoup. Hassan Taiwo Soweto, figure militante des jeunes nigérians, l’a dit sans détour : « Il n’y a pas de démocratie ici. C’est un théâtre. Les libertés sont écrites dans les discours, pas vécues dans nos rues. » Ce jour-là, les cris des manifestants n’étaient pas contre une date, mais contre une réalité étouffante. Ils demandaient du concret : des prix qui baissent, un salaire qui permet de vivre, une police qui protège au lieu de réprimer.

Le plus frappant, c’est le calme dans la fureur. Les manifestants étaient pacifiques, presque tristes. Ils n’attendaient pas une révolution. Ils voulaient juste qu’on les écoute. Une femme âgée tenait un drapeau nigérian froissé dans une main et une facture d’électricité dans l’autre. C’était ça, la démocratie ce jour-là : un contraste entre l’idéal et la survie.

Alors qu’officiellement, les responsables célébraient les avancées démocratiques à la télévision, les rues racontaient une autre histoire. Celle d’un peuple fatigué, mais digne. D’un pays debout, mais à genoux. D’une jeunesse qui ne croit plus aux discours, mais qui espère encore qu’on l’entende.

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