A LA UNESociété

Sénégal – Kedougou : le poison invisible de l’orpaillage artisanal

Dans la région enclavée de Kédougou, à la frontière de la Guinée et du Mali, l’or brille autant qu’il tue en silence. Là où l’orpaillage artisanal fait vivre des familles entières, le mercure, utilisé pour extraire le précieux minerai, s’infiltre lentement dans les corps, les sols et les rivières, empoisonnant un avenir déjà précaire.

Un métal toxique au cœur de la survie économique

Dans cette région reculée, des femmes comme Sadio Camara travaillent sans gants, ni masques, exposées chaque jour à une neurotoxine puissante, dont les effets délétères mettent parfois des années à se manifester. « Nous faisons cela à cause de l’ignorance et du manque de moyens », explique-t-elle. « Si le gouvernement sait ce qui est bon pour nous, qu’il vienne nous le montrer. »

Le mercure, pourtant reconnu internationalement pour sa dangerosité, reste la méthode dominante pour séparer l’or du minerai dans le secteur informel. Il est ensuite rejeté dans les cours d’eau, se diffusant dans la chaîne alimentaire, contaminant les poissons, les sédiments… et les humains.

Des promesses non tenues

En 2020, le gouvernement sénégalais avait promis la construction de 400 unités de traitement sans mercure. Cinq ans plus tard, seule une unité a vu le jour. Un chiffre dérisoire face à l’urgence sanitaire. Pendant ce temps, des dizaines de femmes lavent chaque jour les sédiments, à la recherche de quelques grammes d’or, en s’exposant aux vapeurs toxiques.

Les femmes, premières victimes invisibles

« Ce sont les femmes qui sont le plus en contact avec l’eau », rappelle Modou Goumbala, de l’ONG La Lumière. « Elles l’utilisent pour laver les enfants, faire la lessive, la vaisselle… Et souvent, cette eau vient directement des rivières polluées par le mercure. »

Le paradoxe est cruel : ce sont celles qui participent le moins à la chaîne décisionnelle de l’orpaillage qui en paient le plus lourd tribut. Tremblements, lésions cérébrales, troubles de la coordination, retards de développement chez les enfants – les effets sont insidieux mais dévastateurs.

Un appel à l’action, avant qu’il ne soit trop tard

Des alternatives existent. La séparation par gravité, à l’aide de machines simples comme des tables à secousses, permettrait d’extraire l’or sans mercure. Mais ces technologies restent inaccessibles sans une volonté politique claire, une volonté d’éduquer, et surtout une mise à disposition d’outils adaptés pour les communautés rurales.

En attendant, le mercure continue son œuvre. Invisible. Silencieuse. Mortelle.


Articles Liés

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page