
Par la rédaction d’Africa Dixit
La tension est montée d’un cran au Togo. Plusieurs partis d’opposition et organisations de la société civile appellent désormais ouvertement à la démission de Faure Gnassingbé, après l’entrée en vigueur d’une réforme constitutionnelle qui le maintient au sommet du pouvoir sous une nouvelle forme. Cette réforme, adoptée en avril 2024, a instauré un régime parlementaire dans lequel le chef de l’État devient une figure honorifique, tandis que le Président du Conseil des ministres – un poste désormais sans limitation de mandat – détient l’essentiel du pouvoir exécutif. Ce poste est désormais occupé par Faure Gnassingbé lui-même, président depuis 2005, et dont la famille dirige le pays depuis plus d’un demi-siècle.
La cérémonie d’investiture, tenue le 3 mai 2025, a été présentée par les autorités comme l’ouverture d’une « nouvelle ère politique ». Mais pour une grande partie de l’opinion publique, il s’agit d’un tour de passe-passe constitutionnel visant à perpétuer un règne déjà long de deux décennies. L’opposition dénonce une « présidence à vie déguisée » et accuse le pouvoir d’avoir imposé cette réforme sans consultation réelle, en contournant les attentes populaires pour des élections transparentes et compétitives.
Les protestations ne se sont pas fait attendre. Dans plusieurs quartiers de Lomé, des manifestants sont descendus dans les rues malgré l’interdiction formelle des rassemblements publics en vigueur depuis 2022. Des slogans appelant au départ immédiat de Faure Gnassingbé ont résonné dans la capitale, tandis que les forces de sécurité ont procédé à de nombreuses arrestations. Selon des ONG locales, au moins 80 personnes ont été interpellées, dont plusieurs figures connues de la jeunesse militante.
La situation politique togolaise est scrutée de près par les voisins de la région. Des voix commencent à s’élever au sein de la CEDEAO pour exprimer leur inquiétude quant à la stabilité du pays et à la légitimité de ses institutions. Certains chefs d’État, notamment en Afrique de l’Ouest, craignent une contagion de ce modèle institutionnel qui contourne le principe fondamental de l’alternance démocratique.
Le gouvernement, de son côté, défend la réforme comme une évolution naturelle vers un régime plus stable et parlementaire, aligné sur des modèles européens. Mais pour les partis d’opposition comme le Parti des Togolais ou l’ANC, cette justification ne tient pas. Ils rappellent que le changement de régime s’est fait sans référendum, dans un contexte de méfiance généralisée et d’opacité institutionnelle.
La fracture entre pouvoir et opposition semble aujourd’hui irréconciliable. Tandis que Faure Gnassingbé concentre désormais les leviers du pouvoir sous une nouvelle casquette, l’opposition entend maintenir la pression, en appelant à la mobilisation nationale et internationale. Elle exige non seulement la démission du chef de l’État mais aussi une refonte complète du processus constitutionnel, sous supervision indépendante.



