
Les Européens tentent de s’unir pour faire face au retour inattendu de Trump à la Maison Blanche. Ils espéraient l’élection de la démocrate Kamala Harris, mais ce qu’ils redoutaient est arrivé : la victoire de Trump. Celle-ci apportera certainement des changements significatifs dans les relations entre les États-Unis et l’Europe. Dans un avenir proche, la politique étrangère des États-Unis sous l’administration Trump pourrait déclencher des tensions avec le Vieux Continent, notamment sur des dossiers comme la guerre en Ukraine, l’avenir de l’OTAN, et l’environnement. Sur ces questions internationales, Européens et Démocrates américains ont coopéré étroitement pendant quatre ans.
Inquiets, les dirigeants européens n’ont pas tardé à évaluer les défis que pose cette élection, particulièrement en matière de défense de l’Europe. Subitement, le vieux débat sur leur autonomie stratégique refait surface. Obnubilés par la protection américaine, parfois au point de friser la naïveté, les Européens n’ont jamais totalement réussi à se mettre d’accord sur leur indépendance stratégique. Jusqu’à présent, ils donnaient l’impression de s’en remettre à tous les saints du paradis.
La tenue, le 7 novembre 2024 à Budapest, du 5ᵉ sommet de la Communauté politique européenne, en parallèle d’un sommet européen informel juste après l’élection de Trump, peut être vue comme le signe d’un réveil brutal. L’Europe peut-elle s’affranchir des États-Unis en matière de défense ? C’est la question centrale de ces deux sommets. Bien que ce format ne vise pas à concurrencer l’OTAN, comme l’a rassuré le président Emmanuel Macron, il n’en reste pas moins que les dirigeants européens ont débattu des questions de sécurité normalement traitées par l’OTAN.
L’idée de Trump de transformer l’OTAN inquiète plusieurs membres. Pour lui, l’alliance est devenue obsolète et coûteuse pour son pays. Il exige donc que les Européens assument davantage leurs responsabilités, surtout financières. Cette demande est perçue comme une menace par certains États européens.
À Budapest, les Européens ont cherché à réinventer les relations transatlantiques, misant sur l’unité et en se dotant de capacités pour répondre à leurs propres besoins de sécurité et de défense. Mais cela dépendra de leur réaction aux extravagances, voire aux dérives trumpistes. L’unanimité n’était cependant pas au rendez-vous. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, hôte des deux sommets, a exprimé ses félicitations à Trump sur X, estimant qu’il s’agissait d’une victoire dont le monde avait besoin. Orban est en effet le plus grand défenseur de Trump et de ses idées en Europe. En revanche, Donald Tusk, Premier ministre de la Pologne, et d’autres, souhaitent s’émanciper de la tutelle américaine. Tusk a même déclaré qu’il était temps de mettre fin à la sous-traitance géopolitique. Les Européens doivent d’abord défendre leurs propres intérêts stratégiques et cesser de suivre aveuglément les États-Unis, comme l’avait suggéré Emmanuel Macron l’année dernière.
Ces contradictions étaient en filigrane lors des débats à Budapest. Avec un allié américain imprévisible et peu fiable, l’Europe doit se réveiller et se ressaisir, mais la période est difficile. L’Allemagne et la France, les deux plus grandes puissances européennes, sont très affaiblies par des crises internes. Dans ce contexte, comment élever leurs standards et tenir tête aux États-Unis ? La manœuvre ne sera pas aisée.
Par Jean Boole



