Par la rédaction d’Africa Dixit
Nairobi est secouée par une nouvelle vague de colère populaire. Ce 17 juin 2025, la capitale kényane a été le théâtre d’affrontements violents entre les forces de l’ordre et des manifestants venus réclamer justice pour Albert Omondi Ojwang, un jeune blogueur et enseignant décédé mystérieusement en garde à vue.
Une mort qui soulève l’indignation
Albert Ojwang, 31 ans, avait été arrêté le 6 juin à Homa Bay, dans l’ouest du pays, pour « diffamation » après avoir critiqué publiquement le directeur adjoint de la police nationale. Deux jours plus tard, il est retrouvé mort dans une cellule du commissariat central de Nairobi.
La version officielle évoque un suicide — il se serait « cogné la tête contre un mur ». Mais une autopsie indépendante commandée par sa famille révèle des signes clairs de violences : traumatismes crâniens, marques de strangulation, blessures multiples. Pour beaucoup de Kényans, il ne fait aucun doute qu’il a été torturé à mort.
Manifestations réprimées dans le sang
La colère a explosé dans la rue. À Nairobi, une manifestation pacifique a rapidement dégénéré. Des témoins rapportent qu’un manifestant a été abattu à bout portant par un policier alors qu’il s’éloignait du lieu des affrontements.
Des images montrent également des groupes de motards masqués, armés de bâtons et de fouets, s’attaquant violemment aux manifestants — sans être inquiétés par la police. Des gaz lacrymogènes, des tirs à balles réelles, au moins 11 blessés graves… La capitale a vécu une journée de tension extrême.
Réactions officielles et mesures prises
Face au tollé, le président William Ruto a reconnu publiquement que la mort d’Ojwang était « une tragédie provoquée par la police ». Il a appelé à une enquête « indépendante et sans ingérence ».
Dans la foulée, le directeur adjoint de la police, Eliud Langat — que le blogueur avait publiquement critiqué — a annoncé qu’il se mettait temporairement en retrait. Trois responsables de la police, dont un technicien chargé de la vidéosurveillance, ont été arrêtés, soupçonnés d’avoir tenté de dissimuler des preuves.
Une crise de confiance profonde
Ce drame rappelle aux Kényans les douloureux souvenirs des manifestations de 2024, durement réprimées, où plus de 60 personnes avaient trouvé la mort. Il met surtout en lumière la profonde méfiance qui règne entre la population et les forces de l’ordre, dans un contexte de répression croissante contre les voix critiques et les militants en ligne.
La société civile demande des réformes urgentes et des garanties pour la liberté d’expression. Une exigence devenue vitale dans un pays où la parole citoyenne est de plus en plus étouffée par la matraque.



