
Africadixit :Fille de M. Edouard Mokolo WA POMBO, pas besoin de le présenter pour mesurer sa dimension politique depuis Mobutu jusqu’à ce jour, peut-on dire que le contexte familial qui était le vôtre vous disposait à un engagement politique actif comme c’est le cas à présent ?
Après l’obtention de mon diplôme d’architecture en France, je suis rentrée au pays en 2005. Très rapidement, j’ai eu l’opportunité de travailler à la Présidence de la République, au sein du Collège d’Infrastructure et d’Aménagement du Territoire. C’était, en quelque sorte, ma première expérience en politique.
Mais je considère que mon véritable engagement politique date de 2018. Cette année-là, avec le soutien de mes proches , j’ai pris la décision de me présenter aux élections législatives, à Mankanza, dans la province de l’Équateur. J’étais alors une jeune candidate, encore novice, et j’ai dû affronter le FCC, la machine au pouvoir. Ce fut une campagne électorale rude, mais extrêmement enrichissante. À l’issue de ce parcours, j’ai été élue députée nationale, sur la liste du Parti Démocrate Chrétien (PDC) dirigé par M. José Endundo. À l’époque, notre regroupement s’appelait le G7, une plateforme politique de plusieurs partis qui deviendront les souches d’Ensemble pour la République.
Africadixit : Vous retournez dans votre pays en 2005, Pourquoi avez-vous attendu jusqu’en 2018 ?
Les trois ans que j’ai passés dans cette cellule à la Présidence de la République sous l’egide de l’honorable Joseph Kabila m’ont définitivement appris une chose : dans ce pays, les capacités et la bonne volonté, malheureusement, ne suffisent pas toujours à changer les choses. Ça a été une expérience enrichissante mais assez décevante, et au bout du compte, je n’ai pas eu d’autre choix que de revenir à mon métier d’architecte.
Par la suite, j’ai eu l’occasion de collaborer avec l’Unité de Coordination des Projets Forêts et Conservation de la Nature (UCPFCN) financée par la Banque mondiale et la banque africaine de développement. Tout en suivant l’évolution de la politique de notre pays de loin.
Pour moi, 2018 a marqué un véritable tournant. Cette expérience difficile à la présidence a été une déception, certes, mais elle ne m’a pas découragée, loin de là. Au contraire, elle m’a renforcée dans l’idée que nous, les acteurs positifs pour le changement dans notre pays, devons être majoritaires.
Africadixit : Pas de découragement, vous êtes finalement élue députée, et comment se pressente la suite de votre engagement ?
Durant mon mandat, j’ai observé que les considérations politiques prenaient trop souvent le pas sur le travail parlementaire, au détriment d’actions concrètes et constructives pour la population.
En 2023, je me suis de nouveau présentée devant mes électeurs. Si leur soutien massif fut indéniable, il s’est heurté à une machine de fraude électorale, avec l’annonce nocturne de résultats contestés, en dépit d’une décision d’enquête appelant à la réorganisation du scrutin. En conséquence, j’ai perdu mon siège en raison de ma couleur politique.
Qu’à cela ne tienne, je poursuis mon engagement pour mon pays en qualité de conseillère parlementaire auprès de la rapporteuse-adjointe, Mme Munongo. Et depuis juillet 2025, j’assume également la présidence de la Ligue des Femmes du parti Ensemble pour la République.
Africa dixit : Comment êtes-vous arrivée à la tête de la ( Coordination) Ligue des femmes de l’Ensemble pour la République ?
Ce fut une véritable surprise. À travers ma nomination, le Président Moïse Katumbi a honoré l’ensemble du Grand-Équateur. À cette fonction, j’ai l’honneur de succéder à l’honorable Munongo, une femme de talents immenses, remarquable par son dynamisme. La barre est haute, et je m’emploierai à être à la hauteur.
Africadixit :Quel est votre jugement sur le travail de votre prédécesseure à la tête de la Ligue des femmes de votre parti ?
Cette question ne mérite pas d’être posée. Hormis le soutient qu’elle m’a toujours apportée; Qui ignore le travail de l’honorable Munongo au sein du parti, accompli dans un contexte particulièrement difficile ? Grâce à son sens du devoir, à son goût du travail bien fait et à sa disponibilité envers les jeunes filles et les femmes, malgré le poids de ses charges, elle a su maintenir notre ligue vivante et unie, tant au pays qu’au sein de la diaspora. Elle a notamment contribué à renforcer la participation politique et sociale des femmes en République démocratique du Congo. Son engagement s’est traduit aussi par un soutien actif aux initiatives qui favorisent l’autonomisation des femmes et leur leadership dans les sphères locales. C’est pourquoi j’inscris pleinement mon mandat dans la continuité de son action.
Africadixit : quels sont les enjeux de votre action ?
La parité, la formation et l’autonomisation de la femme en général, mais aussi au sein de ma propre formation politique, constituent des priorités essentielles. Le parti nous a confié la responsabilité de soutenir ces domaines, car notre leader a toujours préconisé que la femme soit reconnue à la fois par ses valeurs et par sa capacité à accéder à des postes de responsabilité. Dans ce cadre, notre mission s’inscrit également dans la consolidation d’un État de droit et dans la promotion d’une gouvernance inclusive où chaque citoyenne peut jouer pleinement son rôle.
Africadixit :Quels sont à ce stade, les grands axes de votre programme ?
La priorité est de réorganiser nos structures à Kinshasa avant de déployer nos actions dans les provinces. Nous avons dépassé la phase préparatoire visant à établir un état des lieux, et nous sommes en train de constituer notre bureau. Avant tout nous veillerons à former les femmes aux valeurs de notre parti à travers des séminaires idéologiques, suivis de formations professionnelles et en entrepreneuriat, éléments fondamentaux de notre projet politique. Une attention particulière sera portée au renforcement des compétences en leadership féminin, droits politiques, communication et organisation de campagnes électorales, en partenariat avec des associations spécialisées.
Par ailleurs, cette démarche s’intègre pleinement dans la vision globale d’Ensemble pour la République qui vise à investir dans le capital humain pour une prospérité partagée, en valorisant la liberté d’entreprendre et la solidarité nationale.
Enfin, nous mettrons en place un suivi rigoureux afin d’adapter la stratégie au fil du temps et d’assurer une extension progressive en province selon les mêmes méthodes de mobilisation, formation, et installation de comités dynamiques.
Par Jean Boole




