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Quand la diversité belge redéfinit la coopération entre l’Europe et l’Afrique

La Diversité Belge, architecte et promotrice de nouveaux ponts entre l’Europe et l’Afrique. De Bruxelles à Kinshasa, en passant par Dakar, Souss, Tunis et Amman. Comment des Belges de la diversité réinventent la coopération en tissant des liens tangibles et durables ?

L’équipe d’Africa Dixit a été à la rencontre de ces nouvelles compétences/ talents belges

Ils sont consultants, dirigeants associatifs ou entrepreneurs. Issus de la diversité, ils puisent dans leur double culture pour construire, pierre par pierre, une nouvelle forme de coopération Nord-Sud. Loin des schémas d’assistance, ils affirment et concrétisent leur credo : des partenariats d’égal à égal qui renforcent les capacités locales, des deux côtés rives de la Méditerranée.

Dans le paysage de la coopération internationale, un nouvel écho se fait entendre. Portée par des Belges aux racines africaines, maghrébines, une approche différente émerge, privilégiant le maillage humain et le renforcement structurel à l’aide unilatérale.

Leur atout maître exceptionnel/ singulier : ?

Une compréhension intime et approfondie des réalités et des besoins « là-bas », doublée d’une expertise professionnelle acquise « ici ».

Une logique de partage

Une logique qui s’incarne dans le projet Erasmus+ CB-VET WIN-WIN, mené par Ettaoufik Fathi, directeur de FCB asbl en collaboration avec le Forem. Il ne s’agit pas d’exporter un modèle européen, mais de créer un écosystème gagnant-gagnant. « L’objectif est de décloisonner les ilots circonscris par des dispositifs légaux et dispositions décrétales, en connectant la Belgique, le Portugal, le Maroc, la Tunisie et la Jordanie », explique-t-il. « Nous construisons des ponts pour que les compétences et les idées circulent dans les deux sens, au bénéfice de tous les territoires. C’est la logique de réseau qui prime. »

Une logique que partage Somaya Korkzine. Responsable d’EMPACT Bruxelles et fondatrice de So Go Up, qui a accompagné l’organisation du Forum des territoires du Sénégal, de la Belgique et du Luxembourg. « Notre rôle est de faciliter la rencontre directe entre les acteurs locaux, les élus et les porteurs de projets. Nous ne décidons pas pour eux ; nous créons l’espace où ils peuvent co-construire leurs propres partenariats. » Aussi, insiste-t-elle sur « La confiance et la mise en relation qui sont les fondements de tout développement durable. »

Il n’y a pas de développement sans santé,

et pas de santé sans humanité.

La santé physique

Prodiguer des soins à domicile, c’est tout l’art de Mokhtar. Infirmier, riche de vingt ans d’expérience, il a aussi dirigé une entreprise pour l’accompagnement des personnes âgées. Ce qui lui permis de comprendre en profondeur les réalités in situ : la solitude, la perte d’autonomie, mais aussi la force du lien humain.

Son expérience lui a forgé une certitude : « la santé physique des aînés n’est pas qu’un enjeu médical, c’est un enjeu de société. » Partout, en Belgique, au Maroc ou ailleurs, les besoins fondamentaux sont les mêmes : être entouré, soutenu, et accompagné avec dignité.

Si la santé physique des aînés est un enjeu mondial, les réponses peuvent être locales et connectées. Ainsi, Mokhtar pense qu’en « créant des échanges (formations, stages croisés, transfert de compétences) entre soignants belges et africains, nous pouvons bâtir un réseau solidaire du soin à domicile. »

Pour l’infirmier, « il est temps aujourd’hui de créer des passerelles entre les professionnels du soin du Nord et du Sud, afin d’échanger nos savoir-faire. »

Pour le dirigeant d’entreprise, il convient de « former, partager, adapter nos pratiques locales : voilà, selon lui, le sens d’un réseau solidaire de santé à domicile. » Ce serait un partenariat gagnant-gagnant : la Belgique partage son expérience, les pays partenaires apportent leurs innovations communautaires et leur humanité dans le soin. A ce propos, Mokhtar assure que « ensemble, nous pouvons inventer une nouvelle manière de vieillir en santé et en dignité, où chaque territoire contribue selon ses capacités ses moyens. »

La santé mentale

Parfois, l’expertise se niche dans des domaines très spécifiques mais essentiels. Nassera Saoudi, Psychanalyste indépendante de NS Consulting, coordonne ainsi la mise en place d’un dispositif de suivi de la santé mentale des enfants dans la région de Souss-Massa au Maroc. « Il ne s’agit pas d’imposer un protocole belge, mais d’adapter nos connaissances au contexte local, en formant le personnel sur place et en construisant un système qui leur appartient. Le renforcement des capacités, c’est cela : transférer les outils pour que les acteurs locaux deviennent autonomes. »

Une coopération Nord-Sud qui doit évoluer

Ces initiatives posent une question cruciale : la coopération Nord-Sud traditionnelle renforce-t-elle vraiment les acteurs locaux et les économies du Sud ? Pour ces bâtisseurs de ponts, la réponse est nuancée.

« Trop souvent, la coopération classique reste descendante. Elle répond à des agendas définis « ici » et crée une dépendance », précise Ettaoufik Fathi. Et d’ajouter : « Les projets sont ponctuels, évalués sur des indicateurs de court terme, sans réelle prise en compte de la résilience des écosystèmes locaux sur le long terme ni de leurs forces endogènes. »

Le changement nécessaire 

Opérer un virage stratégique vers des partenariats d’égal à égal qui s’appuient sur l’expertise de la diversité. « Nous ne sommes pas simplement des « intermédiaires culturels ». Nous sommes des architectes de développement, avec une légitimité et une compréhension du terrain que d’autres n’ont pas », souligne Somaya Korkzine.

Promotion des territoires africains en Belgique : des propositions concrètes

Pour renforcer la promotion des territoires locaux africains en Belgique, plusieurs pistes se dégagent :

– Créer une « Place de marché des territoires » digitale et physique : Une plateforme, animée par la diaspora, pour présenter les opportunités d’investissement, les projets de développement et les expertises recherchées par les communes et régions africaines. Des « speed-meeting » économiques pourraient être organisés régulièrement. Des forums physiques et virtuels réguliers seraient un outils pertinents et efficaces pour concrétiser l’idée. 

– Intégrer les compétences de la Diversité dans les décisions : Les instances officielles de coopération (comme la BIO : Société belge d’investissement pour le développement ou Enabel : L’agence fédérale belge de développement) devraient systématiquement inclure des représentants de la diversité dans leurs comités de sélection et d’orientation des projets. Leur regard est indispensable pour éviter les impairs et cibler les vrais besoins.

– Valoriser les réussites : Mettre en lumière, via les médias et les réseaux institutionnels, les success stories de coopération portées par la diversité. Cela inspirera d’autres initiatives et démontrera aux décideurs belges (et européens) la plus-value tangible de cette approche.

L’accent sur l’humain

Le travail de ces « passeurs » est une démonstration par l’exemple. Ils prouvent que le lien le plus solide entre l’Europe et l’Afrique n’est pas une question de flux financiers, mais de flux humains, de confiance et de reconnaissance mutuelle. En s’appuyant sur eux, la Belgique a une chance unique de transformer durablement son héritage postcolonial en un avenir de partenariat fécond et partagé.

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