Fallait-il se rendre jusqu’à Kinshasa, sous un soleil de carte postale, pour lancer une campagnevisant à dissuader les Congolais de demander l’asile en Belgique ?
La question mérite.d’être posée

Vue d’esprit
Par Jean Boole
Depuis la capitale congolaise, la ministre belge de l’Asile, Anneleen Van Bossuyt, a affirmé que
« les Congolais viennent en Belgique chercher une vie meilleure », laissant entendre que ces
demandes relèveraient avant tout d’un calcul opportuniste. Une déclaration qui, à elle seule,
prétend expliquer l’augmentation des demandes d’asile congolaises.
Mais sur quoi repose une telle affirmation ? La ministre a-t-elle examiné les dossiers individuels
pour en comprendre les motivations profondes ? Rien ne permet de l’affirmer. Une analyse
rigoureuse aurait exigé des éléments concrets : une évaluation précise de la conformité de ces
demandes aux critères de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés. À défaut,
ces propos relèvent davantage de l’impression que de l’expertise.
Derrière cette sortie médiatique, difficile de ne pas voir une forme de stigmatisation : celle d’un
pays, la République démocratique du Congo, et de sa diaspora. Une posture qui interroge, tant
elle simplifie à l’extrême une réalité complexe.
Car les questions migratoires ne peuvent être réduites à des slogans. Elles s’inscrivent au
croisement d’enjeux économiques, politiques et géopolitiques. Les traiter exige des approches
multiples : pragmatiques, solidaires et humanistes.
Certaines voix européennes semblent l’avoir compris. En Italie, la Première ministre Giorgia
Meloni, souvent perçue comme ferme sur les questions migratoires, a récemment infléchi sa
position. À l’écoute du patronat, confronté à une pénurie de main-d’œuvre, son gouvernement a
opté pour une approche plus pragmatique.
Résultat : une augmentation du nombre d’étrangers régularisés, avec près d’un million de
personnes concernées.
À l’opposé d’une logique strictement sécuritaire, d’autres appellent à une vision plus humaine.
Le pape Léon XIV, lors d’un récent voyage en Afrique, a lancé un avertissement sans détour : «
Malheur à nous si nous transformons la Méditerranée et le Sahara en cimetières où l’espérance
elle aussi meurt. » Un message fort, invitant les dirigeants européens et africains à dépasser les
réflexes de fermeture.
Ces prises de position résonnent d’autant plus que l’Europe fait face à une réalité économique
incontournable : le manque de main-d’œuvre. L’Espagne, l’une des économies les plus
dynamiques de l’Union européenne, accueille ainsi de nombreux migrants et procède à leur
régularisation pour répondre à ses besoins.
Au sein de l’Union, le débat sur une immigration économique assumée et sur des
régularisations à grande échelle s’intensifie. Il pourrait même devenir une ligne de fracture entre
États membres.
Dans ce contexte, quelle voie choisira la Belgique ? Entre discours dissuasif et réalités
économiques, le pays est à la croisée des chemins. On peut espérer qu’il saura tirer les leçons
des critiques suscitées par la récente campagne de son ministre de l’Asile — et adopter une
approche à la hauteur des enjeux.



