
Emery Damien Kalwira : « Nous sommes face à une stratégie de déstabilisation meurtrière, pas à une rébellion ni à une crise interne ordinaire »
« Le dialogue national souverain et inclusif que nous préconisons est non seulement possible, il est indispensable
Africadixit : Beaucoup d’eau a coulé depuis le changement du nom de votre formation politique, la Coalition des Congolais pour la Transition sans Joseph Kabila (CCT) qui s’appelle maintenant la Coalition Populaire. En plus, la guerre sévit dans l’est du pays opposant l’AFC/M23 aux Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), qu’avez-vous à dire, par rapport à ces changements, et aujourd’hui, commentpeut-on vous présenter aux Congolais ?
Emery Damien Kalwira : Je suis un acteur engagé et convaincu d’un combat politique clair : celui de la libération patriotique et morale de la RDC. Depuis août 2023, je dirige la Coalition populaire, après dix années à la tête de la CCT – Coalition des Congolais pour la Transition sans Joseph Kabila. Le cap n’a jamais changé : mettre fin à un système politique verrouillé ; clientéliste, liberticide, tortionnaire, corrompu et corrupteur et construire la rupture pour un État refondé sur l’éthique, la souveraineté et la responsabilité.
Aujourd’hui, notre pays est agressé. Il faut le dire sans détour : l’AFC/M23 dont vous parlez, n’est pas un mouvement congolais, c’est un instrument d’occupation étrangère. Derrière cette façade, il y a des intérêts extérieurs qui exploitent la faiblesse de l’État congolais. Nous sommes face à une stratégie de déstabilisationmeurtrière, pas à une rébellion ni à une crise interne ordinaire.

Africadixit : De nombreuses négociations de paix entre l’AFC/M23 et la RDC sont en cours, sous plusieurs formats et émanant des initiatives diverses. Dernièrement, la Monuscos’est dite satisfaite des avancées obtenues entre les deux parties. Partagez-vous cette satisfaction ?
EDK : Non. Cet optimisme est déconnecté de la réalité du terrain. On ne peut pas parler de paix sans nommer clairement l’agresseur. La MONUSCO a tort car, elle entretient une ambiguïté dangereuse en refusant de qualifier ce conflit pour ce qu’il est. Il s’agit clairement d’une agression extérieure. A ce propos, la résolution 2773 de l’ONU demande la fin des violences et le retrait des troupes étrangères, rwandaises en particulier. Tant que ces exigences ne sont pas respectées, parler d’avancées relève davantage de la communication et du verbiage lassant que de la réalité. Le peuple congolais n’a pas besoin de discours rassurants, il a besoin de vérité et d’actes pour retrouver la paix.
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Africadixit : Les deux parties en présence ne semblent pas accorder de l’importance au dialogue national que vous appelez de vos vœux. Dans ce cas, est-il encore nécessaire de le réclamer ?
EDK : Le dialogue national souverain et inclusif que nous préconisons est non seulement possible, il est indispensable. Sans dialogue national souverain et inclusif, il n’y aura ni paix durable ni stabilité. C’est la seule voie sérieuse pour sortir de l’impasse actuelle.

Le régime en place, plombé par une réelle crise de légitimité est affaibli, contesté, et incapable de répondre seul aux défis du pays. Les institutions sont paralysées face à la crise. Refuser le dialogue, c’est prendre le risque d’un effondrement généralisé. Il faut réunir les Congolais autour d’une même table, sur le sol national, pour reconstruire les bases de l’État avant d’envisager tout débat électoral.
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Africadixit : L’ancien président Joseph-Kabila vient d’être sanctionné par les Etats-Unis. Doit-il se retirer de la vie politique ou suivre la voie de de l’actuel président syrien, Ahmed al-Charaa ?
EDK : Soyons lucides et historiques : ces sanctions des US n’auront aucun impact réel. Elles sont politiquement mal ciblées. Le problème du Congo ne se résume pas à un individu, Joseph Kabila fusse-t-il. Le M23 existe depuis des années, bien avant ces décisionsdes USA. Si la communauté internationale se veut crédible, elle doit s’attaquer aux véritables leviers du conflit : les pays et les réseaux de soutien, les complicités régionales et les circuits d’approvisionnement. Des millions de Congolais ont payé le prix de cette guerre. Continuer à éviter les responsabilités réelles, c’est prolonger le drame.
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Afrcadixit : la Révision ou le changement de constitution, il faut trancher. Pour vous, ce débat a-t-il un sens ?

EDK : le débat est clos : il n’y aura ni révision ni changement de Constitution en République démocratique du Congo. Ce débat est une diversion politique. Les articles 64 ; 219 ; 220 et/ou 165 de la Constitution sont des atouts majeurs à la disposition du peuple congolais, législateur par excellence. La véritable question est ailleurs : le maintien au pouvoir d’un régime en échec et en déroute, du reste anticonstitutionnel. Félix Tshisekedi doit partir. La nation congolaise qui voit dix ans engloutis sans bilan, sous le règne de Tshisekedi, ne peut, en aucun cas, se permettre de perdre davantage de temps dans des manœuvres politiques alors qu’elle fait face à une crise existentielle.
En conséquence, depuis le 10 mars 2026, nous avons lancé une campagne de désobéissance civile pour barrer la route à toute dérive constitutionnelle. Le peuple ne tolérera pas une remise en cause des fondements de l’État. Pour sortir par le haut, le président Félix TSHISEKEDI TSHILOMBO doit prendre les actes d’état pour organiser un dialogue national crédible, restaurer l’intégrité territoriale et préparer une transition politique sérieuse. L’histoire jugera les choix qui seront faits maintenant.
Propos recueillis par Jean Boole



