ENVIRONNEMENT-Impact négatif de l’exploitation minière sur les forêts, en particulier sur la forêt de Miombo

Alors que des milliers de personnes se rassemblent à Lubumbashi à l’occasion de la semaine minière de la RDC, une nouvelle étude révèle l’impact dévastateur que l’exploitation minière des matériaux nécessaires à la transition énergétique et numérique mondiale a sur le précieux écosystème forestier du Miombo.
Par Indra Van Gisbergen, experte en mines et forêts au sein de Ferm

Le cobalt et le cuivre sont des matériaux essentiels utilisésdans les véhicules électriques (VE), les éoliennes, les panneaux solaires, les systèmes d’armement et l’intelligenceartificielle (IA). Les plus grandes réserves mondiales de cobaltet les principales réserves de cuivre se trouvent en République démocratique du Congo (RDC), et la demande en forte hausseprovenant des États-Unis, de la Chine et de l’UE a entraînédes violations des droits de l’homme bien documentées et unedégradation de l’environnement dans le pays.
On connaît moins l’impact de l’exploitation minière sur les forêts, en particulier sur la fragile forêt de Miombo, considérée comme le plus grand écosystème de forêt tropicalesèche au monde, qui s’étend du sud-est de la RDC jusqu’enAfrique australe.

Une étude récente menée par Afrewatch, une association congolaise spécialisée dans les ressources naturelles, quantifie– pour la première fois – l’impact de l’exploitation minière sur les écosystèmes forestiers du Miombo dans les régions riches en cobalt du Haut-Katanga et de la Lualaba, en République démocratique du Congo (RDC).
En analysant des images satellite Landsat, associées à un système d’information géographique (SIG) et à des outils de télédétection, l’étude a révélé qu’entre 2000 et 2024, 873 926,4 hectares de forêt de Miombo ont disparu, ce qui représente l’équivalent d’environ 1,2 million de terrains de football. Cette perte forestière a entraîné des émissions totalesd’environ 108 mégatonnes de CO₂e, soit l’équivalent des émissions annuelles du Bangladesh.
Les forêts de la région sont rasées en raison de la croissancedémographique rapide et pour faire place à de nouvellesinfrastructures. Mais elles sont également abattues pour produire du charbon de bois, appelé makala en kiswahili, dontles communautés ont besoin pour pallier leur manque d’accèsà l’électricité – une ressource désormais de plus en plus consommée par les sociétés minières.
Ce combustible est nécessaire pour la cuisine et le chauffage, car seuls 24 % des ménages de Lubumbashi ont accès à l’électricité, selon une étude du Programme des Nations uniespour le développement.
L’intensification de l’exploitation minière a également un impact profond sur les moyens de subsistance des populations et leur relation avec la nature. Cette région abrite un nombrecroissant de personnes dont le métier consiste à produire du charbon de bois. Si elles en ont les moyens, elles louent des tronçonneuses pour abattre les arbres plus facilement.
Corridor de Lobito
Cette destruction devrait s’intensifier.
L’UE et les États-Unis, par exemple, visent à étendre leurprésence dans la région afin d’accroître leurapprovisionnement en matières premières essentielles par le biais de l’initiative du Corridor de Lobito, une route commerciale stratégique reliant le port de Lobito en Angola à la RDC via la ceinture de cuivre de la Zambie. Cette initiative menace des écosystèmes fragiles, notamment les forêts de Miombo.
André Ntumba, responsable du programme Environnement et Changement climatique chez Afrewatch, affirme que la luttecontre la déforestation et les autres défis liés à la transition énergétique nécessite un effort collectif, impliquantnotamment les acteurs publics et privés au Congo, ainsi qu’auniveau mondial.
« Nous voulons passer à l’énergie propre, mais son exploitation ici détruit nos forêts. Alors que nous parlons de réduire les gaz à effet de serre, nous déboisons le Miombopour extraire du cobalt et du cuivre, qui sont censés servir à fabriquer des technologies vertes », explique M. Ntumba. Pour lui, « si les pays du Nord veulent réduire leurs émissions, ils doivent également se pencher sur la manière dont leurs minerais sont extraits ici. Sinon, nous tournons en rond : réduire les émissions là-bas pour polluer ici.»
Héritier Khoji, professeur à la Faculté d’agronomie de l’Université de Lubumbashi et l’un des experts de l’Observatoire de la forêt urbaine du Miombo rattaché à l’Université de Lubumbashi, affirme que la proliférationrapide des sociétés minières au Katanga, stimulée par la transition énergétique mondiale, « a entraîné la déforestation, l’exode rural et la destruction accélérée du Miombo ».
« Il est donc important que l’exploitation minière responsablefasse partie de la solution pour remédier aux déséquilibrescréés : les taxes issues des activités minières devraientfinancer le reboisement des sites dégradés et soutenir uneagriculture stable. Sans cette redistribution écologique, la transition énergétique restera une injustice pour noscommunautés », estime-t-il.
La diligence raisonnable ne suffit plus pour faire face aux crises écologiques auxquelles nous sommes confrontés. Un ensemble de mesures prioritaires fortes est nécessaire pour garantir une transition juste et verte pour tous, y compris les populations locales. Celles-ci devraient inclure l’accès aux énergies renouvelables, un aménagement du territoire inclusif, une application adéquate de la loi et des investissements dans la création de valeur locale, soutenus par les partenaires internationaux de la RDC, tels que l’UE, à travers des partenariats inclusifs et équitables qui ne se concentrent pas sur l’extractivisme, mais sur le développement socio-économique pour tous.
Notre dépendance vis-à-vis des minéraux critiques est un choix politique. De nombreuses études montrent qu’il estpossible de réduire notre consommation de ces minéraux grâce à des politiques ambitieuses qui favorisent des modes de vie plus durables.
La mobilité en est un exemple concret. Les sociétés occidentales sont devenues fortement dépendantes de la voiture particulière, qui consomme de grandes quantités de minéraux. Les modes de transport alternatifs, tels que le covoiturage et les transports publics, devraient être encouragéspar des politiques publiques, en particulier dans les grandesvilles.
Des politiques ambitieuses visant à réduire l’extraction des ressources sont le seul moyen de sauver nos forêts et notreplanète.
C’est un message qui trouverait sans doute un écho auprès des habitants des régions du Congo riches en cobalt, dont la vie estbouleversée par la course mondiale à cette matière première.
Une coalition d’ONG, dont Fern et Afrewatch, organiseraun événement parallèle (en français uniquement) lors de la Semaine minière de la RDC à Lubumbashi, le 18 juin – de 8 h 30 à 11 h (heure de Lubumbashi) – Rejoignez-nous enligne à l’événement parallèle de la DMW (en français uniquement) «Corridor de Lobito : catalyseur de chaînesd’approvisionnement responsables et moteur de développement en Afrique» – https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSezDCOYspVBn3v-N1OsWFaIww3PQCgBe94QF2_22GuW17cSgA/viewform



