
GRAND EVENEMENT SPORTI F : TANGER INTERNATIONAL CUP DU 30 AVRIL AU 3 MAI 2026
L’association du Sport et de la Culture organise Tanger International Cup en collaboration avec l’équipe tangeroise, Ittihad Tanja, du 30 avril au 3 mai 2026, à Tanger. Grâce à sa longue tradition multiculturelle et sa vocation d’ouverture au monde du fait de sa position géographique, Tanger a les atouts d’une ville internationale capable de recevoir des événements d’importance.
Afin de mieux comprendre les enjeux de Tanger International Cup, M. Larbi Khetouta, Marocain-Tangerois a bien voulu nous accordé cette interview.
Jean Boole
Africadixit : Que représentez-vous M. Larbi Khetouta pour cette ville, et comment se présente votre parcours culturel et associatif au niveau de la diaspora marocaine de Belgique pour parler de ce grand rendez-vous sportif et culturel international ?
Larbi Khetouta : Je suis Marocain-Tangerois et Belge à la fois — un homme aux racines profondes et aux horizons ouverts. J’ai quitté Tanger pour la Belgique la dernière semaine de février 1964. Depuis ce jour, je n’ai plus quitté ma terre d’adoption, sans que ma ville natale, elle, ne m’ait jamais quitté. Tanger vit en moi, à travers mes souvenirs, mes mots et mes chansons.
À la fin des années soixante, j’ai co-fondé l’association Risalat Talib, qui existe toujours. En 1963 déjà, j’avais écrit ma première pièce de théâtre, Riche et Pauvre, ainsi que ma première chanson — les premiers échos d’une passion qui ne m’a jamais quitté.
Venu en Belgique pour étudier la phytothérapie, j’ai poursuivi parallèlement mon engagement culturel. Le théâtre et la chanson, en néerlandais cette fois, ont continué de m’accompagner dans ce Brabant flamand où j’ai bâti ma vie. Mon dévouement au monde associatif et à la culture m’a valu, en 2003, le Prix de la Culture — une reconnaissance qui appartient à tous ceux qui ont cru, avec moi, au dialogue des cultures.
J’ai co-fondé l’association des parents, été secrétaire d’une équipe de football, metteur en scène de deux troupes de théâtre — vice-président pour l’une et président pendant quarante ans pour l’autre. J’ai eu le privilège de présider la Maison des Cultures maroco-flamande ainsi que le Club Ibn Batouta Belgique, deux espaces d’échanges et de fraternité entre les peuples et les générations.
Dans le monde du spectacle, j’ai organisé des soirées de gala où se mêlaient les voix, les langues et les émotions. Sur les 178 chansons que j’ai écrites, trois sont dédiées à Tanger, trois à la Marche Verte et quatre aux Lions de l’Atlas — autant d’hommages à mes racines, à ma mémoire et à tout un peuple en mouvement.
Je n’ai cessé de lire et d’écrire, fidèle à cette passion des mots qui éclaire mon parcours. Mes dix-septième et dix-huitième livres sont dédiés à ma ville : Tanger, Bruxelles et Tanger, carrefour des cultures. Car entre ces deux rives, entre ces deux amours, se déploie toute l’histoire de ma vie.
Africadixit : Un grand événement sportif, Tanger International Cup, sera organisé du 30 avril au 3 mai, à Tanger. Cet événement réunira la jeunesse marocaine de la diaspora, les grandes équipes européennes. Pourquoi les organisateurs ont-ils fait le choix de cette ville ?
LK : Tout d’abord, parce que Tanger est la porte du Maroc, et surtout parce qu’elle porte en elle quelque chose de magique. Sa situation géographique, son climat et, plus encore, son histoire exceptionnelle la distinguent.
Peu de villes peuvent se vanter d’avoir été une ville internationale, gouvernée par huit pays, et d’avoir attiré tant d’intellectuels venus du monde entier. À cette époque, même un Marocain du Sud, par exemple, ne pouvait y pénétrer sans présenter un visa.
Il est vrai qu’après l’indépendance et le départ des Européens, Tanger fut négligée, pour ne pas dire laissée à son sort. Heureusement, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu le préserve, lui a redonné l’éclat qu’elle mérite, et la mariée du Nord a retrouvé sa place.
Il faut ajouter qu’à la tête de l’association se trouvent aujourd’hui des Tangerois profondément attachés à leur ville et soucieux de préserver sa beauté et son rayonnement.
Africadixit : A votre avis, quels sont les enjeux de Tanger International Cup sur la plan sportif et culturel ?
LK : Comme je l’ai déjà évoqué, Tanger a toujours occupé une place essentielle dans tous les domaines — Et ainsi en sera-t-il jusqu’à la fin du monde : tel est le destin de Tanger.
Africadixit : Les Marocains du Monde ont-ils vraiment besoin d’un tel événement pour découvrir la culture de leur pays ? N’ont-ils pas d’autres moyens comme les réseaux sociaux ?
LK : Rien ne remplace la présence, le regard, la parole vraie. Ce qu’on voit ou entend n’est pas toujours le reflet du réel.
Les réseaux sociaux, il faut les prendre pour ce qu’ils sont : des miroirs, parfois déformants, de la vie.
Africadixit : Quelles sont les grandes équipes européennes invitées à participer à Tanger International Cup?
LK : Depuis la première édition, le nombre d’équipes et de pays participants n’a cessé d’augmenter. Cette année, nous accueillons des participants venus d’Espagne, du Portugal, d’Angleterre , de Belgique et du Maroc. La présence de près de 850 participants, dont une part importante provient de l’étranger, génère des retombées économiques significatives pour le territoire. Leur séjour contribue directement à l’activité de plusieurs secteurs, notamment l’hôtellerie, la restauration, le commerce local ainsi que l’achat de biens et de produits artisanaux. Ces flux participent à la dynamisation de l’économie locale et renforcent l’attractivité de la région à l’échelle nationale et internationale.
Africadixit : Et des partenaires locaux et Internationaux en avez-vous ?
LK : L’ASBL « Association du Sport et de la Culture » se veut donc bien plus qu’une simple structure : elle est un véritable lien entre les générations, les cultures et les aspirations, au service d’un avenir plus solidaire et harmonieux. Notre association ne s’est jamais limitée à une dynamique interne. Dès sa création, elle a fait le choix résolu de l’ouverture, en développant de nombreuses initiatives et en établissant des partenariats avec, entre autres, les « Marocains du Monde », la commune de Tanger, le ministère chargé des Marocains résidant à l’étranger (MRE), le ministère des Sports, la Fondation Hassan II, ainsi que diverses associations marocaines œuvrant dans les domaines du sport et de la culture, dans le but d’élargir et de consolider son champ d’action.
Africadixit : Pouvez-vous compter sur leur bienfaisance ?
LK : Il va de soi que l’organisation d’un événement d’une telle envergure requiert des moyens conséquents, tant sur le plan financier que matériel. Dans cette perspective, et afin d’assurer la continuité et la pérennité de nos actions, nous sollicitons le soutien de l’ensemble des partenaires et institutions concernés.
L’accès et la mise à disposition d’infrastructures sportives, notamment de terrains de football, demeurent à ce jour le principal défi de notre activité. Cette contrainte constitue un frein majeur à la bonne organisation et au développement de nos initiatives.
Nous faisons appel à la compréhension et à l’engagement des responsables ainsi qu’à toutes les parties prenantes susceptibles de contribuer, de près ou de loin, à la levée de ces difficultés. À cet égard, la possibilité de bénéficier d’un dispositif de réservation annuelle, à la même période, représenterait une avancée déterminante. Une telle mesure constituerait une garantie de continuité pour nos actions et permettrait d’alléger significativement les contraintes organisationnelles auxquelles nous faisons face. Après tout, c’est l’image de notre pays qui est en jeu — une image que chacun de nous se doit d’honorer et de protéger.
Propos recueillis par Jean Boole



